Nouveau mois, nouvelle rencontre. Pour le deuxième portrait de 2026, on part à la rencontre de celui qui rythme l’innovation chez Digitalkeys : Anthony Robin, Directeur des Projets & de l’Innovation.
Arrivé en 2022, il évolue aujourd’hui à la croisée de la stratégie, de la data et de la technologie avec une ligne directrice claire : maximiser l’impact concret de ce que l’agence construit pour ses clients. Ancien annonceur, entrepreneurial, puis agence, il incarne très bien la nouvelle façon de travailler : créer des systèmes intelligents plutôt que piloter des leviers isolés.
On l’a interrogé sur son parcours, le LAB, l’IA… et sur ce qui, selon lui, va faire la vraie différence dans les années à venir.
Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots et nous dire quel est ton rôle aujourd’hui chez Digitalkeys ?
Je suis Anthony Robin, Directeur des Projets & de l’Innovation chez Digitalkeys.
Mon rôle est simple à formuler, mais exigeant à tenir : maximiser l’impact de ce que nous faisons pour nos clients.
Je travaille à l’intersection de la stratégie, de la data et de la technologie pour résoudre des problématiques concrètes — business, organisationnelles ou liées aux évolutions du marché. L’enjeu n’est pas seulement de performer, mais de structurer des systèmes plus intelligents.
Je dirige également le LAB, l’espace d’expérimentation de l’agence. On y crée, on teste, on déploie : automatisation des tâches à faible valeur ajoutée, outils internes, usages de l’IA, frameworks comme le GEO…
L’objectif est clair : libérer du temps opérationnel pour redonner toute sa place à la réflexion stratégique.
Je consacre aussi beaucoup d’énergie à challenger l’existant. Certaines marques nous font confiance depuis plus de dix ans. Continuer à mériter cette confiance implique de se réinventer avant d’y être contraint.
Créer, tester, structurer. Toujours avec la même boussole : l’impact concret.
Quel a été ton parcours avant Digitalkeys ?
J’ai commencé chez l’annonceur pendant cinq ans, avec une chance rare : carte blanche.
J’ai créé des sites de A à Z : modèle économique, contenu, monétisation, acquisition, optimisation.
J’avais la main sur tout. Cette expérience m’a donné une vision globale du marketing digital : pas seulement un levier, mais un écosystème complet.
Ensuite, j’ai passé trois ans à mon compte. J’accompagnais mes clients sur leurs campagnes SEA et SMA, mais j’ai aussi beaucoup transmis, notamment en formant des étudiants et des personnes en reconversion. Cela m’a appris à vulgariser, sans simplifier à l’excès, et à prendre du recul sur les mécaniques de performance.
J’ai ensuite rejoint une agence, puis été rappelé par mon premier employeur pour lancer une plateforme d’e‑learning pour un grand groupe d’éducation. Là encore, carte blanche : MVP, développement, design, acquisition… J’ai retrouvé cette logique de builder : partir d’une idée et la transformer en produit.
Avant de rejoindre Digitalkeys, j’ai pris onze mois pour traverser le Canada et les États‑Unis en van. Une parenthèse volontaire, pour sortir du cadre, prendre du recul, et revenir avec une vision plus claire de ce que je veux construire.
Et en interne, as-tu évolué ?
Oui, plusieurs fois, mais toujours en lien avec les besoins de l’agence.
J’ai commencé comme Consultant SMA, puis suis rapidement devenu Team Leader Paid, une première expérience managériale que j’attendais. L’objectif était clair : redonner aux experts toute leur place dans la réflexion stratégique et les rendre acteurs des décisions sur les comptes.
En 2023, j’ai pris en charge le pôle Data, fortement fragilisé après le départ d’une bonne partie de l’équipe. Il ne s’agissait pas de “remplacer”, mais de reconstruire.
N’étant pas le sachant technique principal, mon rôle a été de m’appuyer sur les expertises existantes, écouter les ambitions individuelles, structurer un cadre clair et professionnaliser l’organisation. Le succès du pôle repose avant tout sur l’intelligence collective et l’engagement des équipes. L’idée était de faire de la Data un pilier stratégique, visible et reconnu, en interne comme en externe.
En 2024, avec Dorothée, le poste de Directeur des Projets & de l’Innovation a été créé sur mesure, autour d’un seul critère : maximiser l’impact. Cela impliquait de structurer les méthodes, lancer le LAB, créer des outils, challenger les modèles existants, et garder une implication opérationnelle sur des comptes jusqu’en 2025, pour rester connecté aux réalités terrain.
Chaque évolution n’a pas été un simple changement de titre, mais une extension de mon périmètre de responsabilité et de contribution.
Tu entends souvent des mythes sur l’IA, le SEO, le GEO… Quelle est la croyance que tu entends le plus souvent, et pourquoi elle est fausse ?
Je vais en donner deux, car je ne les vois pas l’une sans l’autre.
La première : “C’est fait avec l’IA, donc ça ne vaut rien.” C’est une vision très superficielle.
L’IA ne produit pas de la valeur toute seule. La valeur vient de la capacité à formuler le bon problème, choisir le bon modèle, maîtriser le prompting, structurer les données, orchestrer la technologie et transformer une idée en solution exploitable.
Travailler efficacement avec l’IA est une compétence en soi. Savoir quel modèle utiliser, comment le paramétrer, comment fiabiliser la sortie, comment l’intégrer dans un workflow existant… ça ne s’improvise pas.
Si un outil développé en une journée permet à un client d’économiser des dizaines d’heures, de fluidifier ses process et d’améliorer ses décisions, la question n’est pas le temps passé. La question est : quel impact business a été créé ?
Facturer uniquement au temps passé dans un monde où l’IA démultiplie la productivité serait paradoxal. Ce qui doit être valorisé, c’est la capacité à résoudre un problème efficacement, pas la durée pour y parvenir.
L’IA ne dévalue pas l’expertise. Elle la rend plus visible.
Tu diriges le LAB Digitalkeys. Concrètement, à quoi ça sert, et pourquoi l’agence a choisi d’investir dans un espace d’expérimentation plutôt que de suivre les tendances ?
Le LAB, c’est notre laboratoire commun.
L’endroit où les défis de nos clients rencontrent nos expertises, pour créer une vraie synergie marketing.
Il est né d’un constat simple : dans un environnement où les plateformes évoluent en permanence, subir les changements, c’est perdre en maîtrise. On a donc choisi d’investir dans un espace d’expérimentation structuré, où l’on peut créer, tester, mesurer et industrialiser avant que ces évolutions ne s’imposent à nos clients.
Le LAB, c’est là où l’on ose : tester, se tromper, recommencer, mais toujours dans un cadre orienté solutions et impact.
Concrètement, il sert à trois choses.
Concrètement, il sert à :
- Résoudre des problématiques réelles : Automatiser des tâches à faible valeur ajoutée, développer des outils sur-mesure, expérimenter l’usage de l’IA, structurer des frameworks comme le GEO. L’objectif est clair : faire gagner du temps, réduire la friction et concentrer l’énergie sur ce qui crée vraiment de la valeur.
- Transformer les idées en actifs : Quand une expérimentation fonctionne, elle devient méthode, outil, parfois produit. Le LAB n’est pas un incubateur théorique, c’est un atelier où les solutions prennent forme.
- Faire évoluer l’agence de l’intérieur : Pour les collaborateurs, c’est un espace où l’on vient vérifier une hypothèse, explorer des sujets transverses, sortir du cadre quotidien. Cela rend les métiers plus stimulants, plus collaboratifs, plus stratégiques. On ne se contente pas d’exécuter : on comprend, on construit, on challenge.
Certaines marques nous font confiance depuis plus de dix ans. Continuer à mériter cette confiance implique de remettre en question nos propres pratiques avant d’y être contraints.
Le LAB, c’est choisir d’évoluer avant d’y être obligé.

Comment fais‑tu la différence entre une vraie innovation utile pour les marques et un simple effet de mode ?
La différence, c’est d’abord l’impact et la solidité.
Une vraie innovation utile :
- résout un problème concret,
- améliore la performance ou simplifie un processus,
- crée un avantage mesurable,
- s’intègre dans l’écosystème existant,
- et renforce la stratégie globale.
Un effet de mode, lui, attire l’attention, génère du buzz… mais ne transforme rien en profondeur.
Pour faire le tri, je me pose des questions simples :
Est‑ce que cela répond à un enjeu business réel ?
Est‑ce que c’est scalable et durable ?
Est‑ce que cela simplifie plutôt que complexifie ?
Et surtout : est‑ce que c’est maîtrisé sur le plan de la sécurité et de la conformité ?
Une vraie innovation simplifie, sécurise et crée de la valeur durable. Le reste, non.
Tu travailles depuis 3,5 ans chez Digitalkeys. Qu’est‑ce qui te séduit dans cette boîte ?
Ce qui me séduit, ce sont d’abord les personnes.
Le talent est réel, mais ce n’est pas seulement une question de compétence technique. C’est l’envie de bien faire, de progresser, de s’entraider. Il y a une intelligence collective qui se construit au quotidien.
Il y a aussi cette culture “human first” qui n’est pas qu’un mot. La liberté, la confiance, et la capacité à se remettre en question sont ce qui me marque le plus.
Et puis il y a l’impact. Voir qu’une décision, un outil ou une méthode change concrètement la trajectoire d’un client, c’est ce qui motive, au quotidien.
Comment vois‑tu évoluer le métier d’agence dans les 5 prochaines années ?
Je pense que le modèle “temps passé” va s’éroder.
La valeur sera dans la capacité à structurer, orchestrer et créer des systèmes intelligents, pas seulement à exécuter.
Les agences qui survivront seront celles qui :
- développent des actifs (méthodes, outils, micro‑SaaS),
- maîtrisent la donnée et la technologie,
- et assument un rôle de partenaire stratégique auprès des dirigeants.
On passera d’un “prestataire de leviers” à un “partenaire de transformation”.
Il y aura aussi un enjeu fort de responsabilité : entre l’IA, la data et la sécurité, les marques auront besoin d’acteurs capables d’innover sans mettre en risque leur réputation ou leurs données.
Enfin, je crois que la frontière entre agence et tech va devenir plus poreuse. Les agences devront savoir construire, pas seulement activer. Dans cinq ans, une agence performante ne sera pas celle qui produit le plus. Ce sera celle qui crée le plus d’impact mesurable et durable.
Pour finir, si tu devais résumer ta vision du métier en une phrase, ce serait laquelle ?
Ce qui ne se mesure pas ne se pilote pas, et ce qui ne se pilote pas ne crée pas d’impact durable.
Et ton conseil pour les marques qui te lisent ?
Ne subissez pas les transformations. Testez‑les avant qu’elles ne s’imposent à vous.
Les grandes évolutions — IA générative, automatisation, nouvelles logiques de recherche comme le GEO — créent toujours un avantage temporaire pour ceux qui les explorent tôt et intelligemment.
Prenons le GEO.
La vraie question n’est pas “est-ce que ça va remplacer le SEO ?”
La question est : voulez-vous faire partie des marques citées par l’IA ?
Si demain les réponses générées deviennent un point d’entrée majeur vers l’information, être absent de ces citations, c’est perdre en visibilité, en crédibilité, en autorité.
Mais tester ne veut pas dire foncer sans cadre.
Il s’agit d’expérimenter de manière structurée, avec des partenaires capables de mesurer, d’ajuster, de sécuriser. L’avantage concurrentiel ne vient pas du fait d’utiliser une nouveauté. Il vient de la manière dont elle est intégrée à votre stratégie.
Les marques qui prendront de l’avance dans les cinq prochaines années ne seront pas celles qui adoptent tout.
Ce seront celles qui choisissent, testent et industrialisent plus vite que les autres.